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Passionné d'aventures en montagne depuis mon plus jeune âge, je vous propose de découvrir ce site internet dédié à mes périples en altitude. Vous y trouverez les récits, photos, et vidéos de toutes les ascensions que j'ai réalisées à ce jour dans le monde entier.

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TAJUMULCO (4220 m) - Versant est
Février 2026 - Sierra Madre de Chiapas, Guatemala
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Le Tajumulco est un stratovolcan du Guatemala s'élevant à 4220 mètres d'altitude et constituant le point culminant du pays et de l'Amérique centrale. Il est situé au sein la Sierra Madre de Chiapas, à l'ouest du pays, dans le département de San Marcos. La grande ville la plus proche est Quetzaltenango, également appelée "Xela". La frontière avec le Mexique passe à moins de 20 kilomètres à l'ouest, sur un volcan voisin appelé Tacaná.

La montagne se trouve dans une zone peu fréquentée du Guatemala. Malgré sa hauteur, elle demeure donc peu connue, tant du point de vue de son histoire éruptive (des témoignages évoquent des possibilités d'éruption au 19ème siècle, mais sans certitude) que touristiquement, en raison de son isolement, alors qu'elle ne présente pas de difficulté en randonnée pédestre.

Son ascension démarre à 3600 mètres d'altitude sur les pentes douces du versant nord-est. L'effort à fournir est donc relativement court pour atteindre le cratère sommital d'une soixantaine de mètres de diamètre. Depuis la cime, où des traces d'offrandes maya ont jadis été découvertes, on peut jouir d'un panorama étendu sur la Sierra Madre de Chiapas, du Mexique aux autres volcans du Guatemala, ainsi que sur l'océan Pacifique.

Galerie photos
Jour 1 : Au "Pays du printemps éternel"
Récit de l'expédition
Seriez-vous capables de situer le Guatemala sur une carte, parmi la ribambelle de petits pays d'Amérique centrale ? L'astuce est simple : c'est celui situé le plus au nord. Autrefois visité en tant qu’extension d’un séjour au Mexique c’est aujourd’hui, à juste titre, une destination à part entière. Il faut dire que le Guatemala ne manque pas d'atouts : paysages variés et harmonieux, volcans en activité, lacs d’altitude, forêts tropicales, villages séculaires perdus sur les hauts plateaux, côtes atlantique et pacifique, sites archéologiques mayas... Autant de merveilles à découvrir toute l'année grâce au doux climat dont bénéficie le "Pays du printemps éternel".
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L'arche de Santa Catalina, à Antigua
Il est toutefois difficile d'en vouloir à la population locale qui survit comme elle peut dans une pauvreté endémique. Et ce depuis 1960, date à laquelle le Guatemala a sombré dans une longue et terrible guerre civile qui a fracturé le pays et ruiné son économie. Ici les temps sont durs, et ce depuis belle lurette. Voilà, le décor est planté. Mais ne vous arrêtez pas à ce tableau peu reluisant et lisez donc la suite, qui sera nettement plus positive !
Une petite heure de route et nous voilà à Antigua qui, disons-le tout de suite, n’a pas volé sa réputation de plus belle ville du pays, et peut-être même du continent ! Cernée de volcans, la cité est connue pour ses bâtiments espagnols, dont la plupart ont été restaurés après le tremblement de terre de 1773 qui mit fin à son statut de capitale coloniale du pays.
Nous entrons dans le pays via sa capitale, Guatemala City, mais nous ne nous y attardons pas. Pour la bonne et simple raison que cette immense ville ne présente que peu d'intérêt touristique. De plus, elle n'a pas bonne réputation. En effet le taux de criminalité y étant très élevé, il est déconseillé de s'y promener. Un avertissement qui vaut partout ailleurs, les conditions de sécurité étant préoccupantes dans la majeure partie de ce pays gangréné par le trafic de stupéfiants. Les touristes n'y échappent pas et sont confrontés à la délinquance de droit commun : vols et agressions à main armée, de jour comme de nuit.
Jours 2 et 3 : Au plus près du "Fuego"
Antigua est dominée par un immense cône : le Volcán de Agua. Une montagne attirante de prime abord, mais son ascension est déconseillée pour des raisons de sécurité. En effet il n'est pas rare que des bandits, cachés près du sentier, y détroussent les randonneurs imprudents. Ne voulant pas prendre ce risque nous allons donc nous concentrer sur le Volcán de Fuego, le sommet voisin qui est bien mieux fréquenté et surtout, bien plus intéressant à gravir.
Avec le "Fuego" c'est le feu d'artifice permanent puisqu'il s'agit de l'un des volcans les plus actifs du monde, avec des éruptions toutes les 10 minutes. La cime en elle-même n'est évidemment pas accessible, sauf à vouloir finir en poulet grillé, en une sorte d'hommage à la gastronomie locale, mais ce n'est pas notre projet. On se contentera donc de l'observer de loin. Pour cela il faut s'élever sur les pentes de l'Acatenango, le volcan (endormi quant à lui) qui lui est rattaché et qui est un peu plus élevé. Celui-ci frôle les 4000 mètres d'altitude, ce qui en fait la troisième plus haute montagne du pays. En avant pour la randonnée la plus fameuse du Guatemala !
Rendez-vous en début de matinée devant l'agence "Barco Expediciones" qui organise nos 2 jours d'ascension. Nous prenons place, avec une quinzaine d'autres clients, dans un mini-bus et effectuons la route jusqu'au hameau de la Soledad, perché sur le versant nord de la montagne à 2430 mètres d'altitude. Là nous rencontrons nos jeunes guides puis entamons la montée. Le départ est violent car nous attaquons d'emblée une raide pente poussiéreuse. Et devant ça file vite, en tout cas à une allure pas raisonnable. Alors nous préférons avancer à notre rythme, en rejoignant le gros de la troupe à chaque pause. Le tracé se fraie un chemin entre des terres cultivées pour ensuite pénétrer dans la forêt tropicale. Là nous prenons rapidement de la hauteur, en lacets serrés, jusqu'à un épaulement sur lequel nous déjeunons. Enfin, en pente plus douce, nous contournons l'Acatenango par son flanc oriental, jusqu'à atteindre notre campement à 3600 mètres.
Le Fuego dans son incessante colère
Il ne s'agit que de petits cabanons précaires dans lesquels nous serons entassés pour la nuit. Mais avant d'y prendre nos quartiers nous prenons la direction du Fuego, qui nous fait face, afin d'observer de plus près ses éruptions. Cette balade du soir est optionnelle, car relativement longue (3 heures de marche qui s'additionnent aux 5 déja effectuées), mais elle promet de nous offrir un éblouissant spectacle. Nous descendons donc jusqu'à un col puis remontons côté opposé, au coucher du soleil. L'atmosphère est merveilleuse avec la lumière qui décline. Une fois parvenus sur le point d'observation, à distance respectable de la bête, nous nous installons pour un mémorable son et lumière.
Il y a un monde fou mais qu'importe, à cet instant il n'y a plus que nous, la nuit guatémaltèque, et un géant de feu qui embrase la voûte étoilée. A intervalles réguliers le sol vibre sous nos pieds, un grondement sourd parvient à nos oreilles, puis la montagne explose en projettant dans le ciel ses bombes incandescentes. Ces dernières retombent avec fracas sur ses flancs, sculptant ainsi le paysage depuis des millénaires. C'est tout simplement féérique. Nous sommes figés, entre adrénaline et émerveillement, et nous réalisons que les efforts de la journée valaient mille fois la peine !
Retour au campement dans l'obscurité, pour un dîner chaud avec notre groupe autour d'un feu de camp.
4h du matin. Les grondements du Fuego nous tirent de notre sommeil. La nuit fut courte et inconfortable, dans un abri surpeuplé et ouvert aux quatre vents. Nous ne sommes donc pas fâchés de remettre nos chaussures pour partir en balade. Désormais l'objectif est de gravir l'Acatenango, le sommet situé juste au-dessus du camp. Il n'y a qu'une petite heure d'effort mais cette ascension, qui se fait avant l'aube, est éprouvante à cause du terrain sablonneux. Nous montons doucement à la frontale, en équipe restreinte (la majorité du groupe a préféré rester dormir), jusqu'au cratère sommital de l'Acatenango (3976 m).
Nous sommes montés là pour assister au lever de soleil et nous ne sommes pas déçus : le disque émerge lentement de l'horizon, dessinant un cercle orange derrière le Volcán de Agua, tel une peinture japonaise. Pendant ce temps-là le Fuego, dans sa perpétuelle colère, continue d'expulser ses panaches de cendre. Quant aux volcans voisins (Agua, Pacaya, Atitlán...), ils baignent dans une sublime mer de nuages. Nous profitons de ce panorama exceptionnel, à l'heure dorée, avant de redescendre cahin-caha dans les cendres jusqu'au camp où nous attend le petit déjeuner.
Puis c'est le long et pénible retour jusqu'au pied de la montagne. Une descente plutôt désagréable car la poussière soulevée par les nombreux randonneurs nous aveugle, nous assèche la bouche et s'insinue dans nos narines. Heureux sont ceux qui ont prévu lunettes et foulard ! Certains passages sont tellement glissants qu'on a vite fait de déraper. C'est d'ailleurs le petit défi que peu d'entre nous réussirons : finir la randonnée avec le derrière propre.
Jours 4 et 5 : Les villages multicolores du lac Atitlán
Impossible de parcourir le Guatemala sans se rendre au lac Atitlán. Celui-ci est en effet réputé pour être l'un des plus beaux du monde ! Niché sur les hauts plateaux, il s'est formé avec les eaux de pluie qui ont rempli une vaste caldeira. Autre particularité : il ne communique avec aucun fleuve ni aucune mer, c'est ce qu'on appelle un lac "endoréique".
A Panajachel, sur la rive du lac Atitlán
Ce lac d'altitude est entouré de paysages d'une rare beauté. On le compare souvent au lac de Côme, adossé aux contreforts alpins, mais il a un charme supplémentaire car trois grands volcans le bordent au sud : Tolimán, Atitlán et San Pedro. Sur ses rives ont été bâtis des villages authentiques et hauts en couleurs, encore imprégnés de la culture traditionnelle maya. Parmi eux on trouve Panajachel, qui est la porte d'entrée de ce site incontournable et la bourgade la plus développée. Nous y faisons un très court passage, le temps de filer à l'embarcadère. Là nous prenons place dans une lancha, un petit bateau à moteur. C'est la manière la plus simple de relier les différents villages bordant le lac.
Si vous devez n'en visiter qu'un, choisissez donc le plus beau de tous : San Juan la Laguna. Ce village traditionnel situé sur la rive occidentale est un véritable vivier d'artistes et d'artisans. Ici les ruelles escarpées sont sublimées par de monumentales œuvres de street art d'inspiration maya. Les façades rivalisent d'originalité avec des couleurs explosives, et chaque monument a un air de fête. De quoi en prendre plein les yeux ! D'autre part les alentours sont propices aux randonnées et on peut y découvrir la culture du café.
C'est d'ailleurs un peu à l'écart du village que se trouve notre hotêl, Uxlabil. C'est un petit paradis tropical au bord du lac Atitlán, avec des kayaks à disposition et de jolis espaces verts soigneusement aménagés. Il y a même un sauna maya traditionnel dans le jardin. Les chambres sont impeccables et offrent une vue imprenable sur le lac. Le tout dans une quiétude appréciable. Que demander de plus ?
Le lendemain nous filons encore plus à l'ouest jusqu'à Quetzaltenango, aussi appelée "Xela", le diminutif désignant la deuxième plus grande ville du Guatemala après la capitale. La vaste cité, perchée à 2400 mètres d'altitude, ne possède pas le charme colonial d'Antigua (elle est moins aérée, peu mise en valeur, poussiéreuse, et elle croule sous les fils électriques…), mais elle dispose d'autres atouts. En effet elle fut pendant des siècles un point névralgique de la civilisation k’iche. Et les traditions perdurent car aujourd'hui encore on est ici plongé en pleine culture amérindienne, au cœur du monde maya.
Jour 6 : Cohue au Santa María (3772 m)
Départ donné à 4h du matin, quelque part dans le bordélique faubourg sud de Xela. Nous commençons par traverser une zone de cultures dans laquelle les fermiers et leur bétail ont tracé de multiples chemins. Sans la présence d'un guide il serait impossible de savoir lequel il faut suivre, puisqu'il n'y a aucun panneau indicateur. Un peu plus haut nous entrons dans une forêt dense. Nous sommes seuls, crevant l'obscurité avec nos frontales, éclairant le chemin caillouteux enveloppé de brume. Tout est silence, en tout cas pour l'instant. Nous atteignons un col herbeux à environ 3000 mètres d'altitude et bifurquons à droite. La pente de redresse progressivement. La montée devient alors plus soutenue, avec parfois de gros rochers qui nécessitent d'utiliser les mains. Après deux heures de marche nous assistons à un magnifique lever de soleil. Dans notre dos Xela s'éveille, et nous aussi d'une certaine manière, accompagné que nous sommes par le piaillement matinal des oiseaux.
Les ruelles colorées de San Juan la Laguna
Ceci n’est pas du folklore destiné aux touristes. Les autochtones indigènes, qui représentent une grande majorité des habitants de Xela, ont su conserver leurs langages et leurs coutumes. Dans les rues les femmes déambulent dans leurs tenues traditionnelles constituées d'un huipil et d'un corte. Elles portent également une longue bande de tissu tressée dans leurs cheveux, assorti au reste. Un magnifique assemblage de pièces textiles riches en couleur et d'étoffes aux multiples significations ethniques, culturelles et sociales. S'agissant des hommes, il semble que la nouvelle génération n'ait gardé des habits traditionnels que le chapeau de cowboy.
Après avoir fait un tour en ville nous faisons la rencontre de Daniel, le responsable de l'agence "Xela Adventure". Il est en charge d'organiser nos prochaines ascensions, à commencer par celle du volcan Santa María, situé à quelques encablures de la ville. C'est Alex qui sera notre guide et nous conduira jusqu'au sommet.
Xela n’est donc pas une ville diablement intéressante ou belle en soi, mais y faire étape a l’avantage de nous plonger dans le Guatemala profond, à l’inverse d'autres lieux plus touristiques. L'endroit plaira donc à ceux qui privilégient les sites intacts, authentiques. Quant aux sportifs, ils y trouveront aussi leur bonheur, car ils pourront partir à l’assaut des volcans qui entourent la ville. Et c'est bien ce que nous comptons faire !
Campeurs sur la cime du Santa María
Retenons tout de même un point positif : ce sommet offre une vue imprenable sur toute la cordillère volcanique guatémaltèque. A l'est on observe une succession de cônes ponctuée par l'Acatenango, gravi quelques jours auparavant, épaulé par le Fuego qui fume paisiblement. Côté opposé se dressent les plus hauts sommets du pays : le Tacaná qui marque la frontière mexicaine, et le Tajumulco, toit de l'Amérique centrale, qui est le principal objectif de notre séjour. Cette perspective unique révèle l'étendue de l’arc volcanique centroaméricain, fruit de millions d’années de tectonique.
Premièrement, parce que nous sommes le week-end. Ajoutons à cela que Xela, avec ses centaines de milliers d'habitants, n'est qu'à quelques minutes de route. Et puis, surtout, parce que l'ascension du Santa María est devenue extrêmement populaire. Les locaux y montent en procession afin de contempler le panorama et y faire quelques incantations, la montagne étant sacrée à leurs yeux. Sans doute espérent-ils qu'ici, plus près du ciel, leurs prières seront mieux entendues.
La cime du volcan Santa María (3772 m), puisque nous y arrivons enfin après 4 heures d'effort, est constituée d'un amas de blocs, mais elle offre également de larges zones plates, idéales pour installer un campement. Malheureusement, surfréquentation oblige, le sol est couvert de détritus en tous genres, ce qui dénature totalement le site. Voilà une attitude incompréhensible : on pénètre sur une terre sacrée, on y vénère les dieux, mais on y laisse ses déchets... L'être humain est décidément incorrigible, et à ceux qui comme moi sont sensibles à la préservation de l'environnement, cette randonnée risque de laisser un petit goût amer.
Alors que nous approchons du but, c'est la surprise : nous croisons un groupe de randonneurs, puis deux, puis dix... Et ça ne s'arrête plus, c'est désormais un flux ininterrompu de promeneurs qui encombre le sentier. La foule des grands jours ! Alex m'explique que ces gens sont montés la veille, qu'ils ont dormi au sommet pour profiter du lever de soleil, et qu'ils entament désormais leur descente. Mais comment expliquer une telle fréquentation ?
Vous l'aurez compris : fin en eau de boudin pour cette longue ascension, peu intéressante en elle-même, qui ne vaut que par le panorama dispensé au sommet. Si toutefois vous y allez, assurez-vous que la météo sera de votre côté et permettra une bonne visibilité. Quant au risque de vol à main armée lors de cette randonnée (on trouve des avertissements sur internet à ce sujet), il me semble improbable au vu de la densité humaine sur le sentier.
Tout ceci est bien joli mais il serait peut-être temps de s'inquiéter des grondements qui parviennent à nos oreilles. Serait-ce l'exploitation d'une mine dans le secteur ? Ou un avion qui passe au-dessus de nos têtes ? Eh bien non : ce sont les explosions du Santiaguito, un volcan très actif qui se trouve juste en contrebas, sur le flanc sud du Santa María. Il suffit de se pencher un peu pour l'apercevoir, caché derrière les fumerolles qui émanent de son cratère. Impressionnant !
L'heure est venue de retourner vers la vallée. Notre descente s'avère désagréable car elle se résume à doubler laborieusement d'autres randonneurs, si on peut les qualifier ainsi, qui sont pour la plupart d'une lenteur affligeante. Voilà qui me donne l'occasion de faire une petite digression : je suis quelqu'un de patient et tolérant, et je considère que chacun a le droit d'aller en montagne puisqu'elle appartient à tout le monde (ou plutôt à personne), mais j'avoue être vite agacé par ceux qui peinent à mettre un pied devant l'autre, d'autant plus sur un chemin facile, et qui à aucun moment n'ont la courtoisie ou la présence d'esprit de se décaler une seconde pour laisser passer les autres. Personnellement, quand un randonneur débaroule derrière moi (ce qui est rare compte tenu de l'allure à laquelle je marche), je préfère faire un pas de côté et le saluer poliment, plutôt que d'entendre ses vociférations de longues minutes dans mon dos. Voilà, c'est dit !
Jours 7 et 8 : Dans la noirceur du Tajumulco (4220 m)
Briefing avec Daniel, concernant la suite du programme. Il y a de l'agitation dans la région. En effet un baron de la drogue vient d'être abattu par la police mexicaine, et les membres de son cartel multiplient les violences dans le pays voisin. L'embrasement est tel qu'il déborde sur le nord du Guatemala, là où nous avons prévu de faire nos deux dernières randonnées. Pour le Tacaná, un volcan isolé sur la frontière, c'est foutu. La zone est hautement instable et nous risquerions d'y faire de mauvaises rencontres. En ce qui concerne le Tajumulco ça passe encore, mais c'est limite, à tel point que nous allons devoir emprunter un itinéraire détourné, sur un versant plus tranquille de la montagne, et de nuit, pour éviter d'attirer l'attention des "narcos". Dit ainsi, ça ne fait guère envie. Mais Daniel nous assure que ça ira, en étant accompagné d'Alex mais aussi d'un guide "ultra-local", c'est-à-dire une personne reconnue et respectée dans le village situé au pied de la montagne, et qui en connaît les chemins de traverse. Une montagne qui est tout de même censée être le point d'orgue de notre voyage, et après tout nous sommes là pour l'aventure, alors cap sur le Tajumulco !
Lever de soleil depuis le Tajumulco
Nous quittons notre hôtel à 22h30. La route est longue et particulièrement sinueuse jusqu'à la ville de San Marcos. En pleine nuit nous y retrouvons Esperanza, notre contact sur place. Changement de véhicule : nous montons à l'arrière d'un pick-up et prenons la direction du nord-ouest, via de minuscules routes de montagne. Le véhicule prend de la hauteur, encore et encore, jusqu'à atteindre notre point de départ, à 3570 mètres d'altitude.
Il est 2h du matin lorsque nous débutons l'ascension. Le dénivelé à effectuer est plutôt modeste. Toutefois l'altitude, le froid et le manque de sommeil ne vont pas nous faciliter la tâche. D'ailleurs, pour tout vous dire, ce n'est pas la grande forme. Ni pour Aurélie, qui n'est pas dans son assiette, ni pour moi, qui ne me suis jamais autant senti quarantenaire ! Heureusement Esperanza adopte un rythme lent et fait régulièrement des pauses.
Tout compte fait nous rejoignons assez rapidement l'itinéraire classique qui emprunte la crête orientale. Nous suivons cette dernière, en pente douce, jusqu'à atteindre un grand replat. C'est là, à près de 4000 mètres, que campent ceux ayant opté pour une ascension sur 2 jours. On observe d'ailleurs les fondations de ce qui a dû servir autrefois de refuge. Après une courte nuit, les randonneurs filent jusqu'au sommet pour assister au lever de soleil. C'était notre projet d'origine, avant que l'agence ne le chamboule et nous incite à effectuer l'ascension fissa fissa.
Nous sommes largement en avance sur le timing prévu alors, pour ne pas poireauter au sommet dans un froid glacial, nous décidons de rester un bon moment sur ce lieu de campement qui n'est certes pas plus confortable, mais qui a l'avantage d'être mieux abrité du vent. Et puis il y a du bois aux alentours, ce qui permet à Esperanza d'allumer un feu, nous procurant ainsi une source de chaleur très appréciable. Nous passons ainsi plus d'une heure à patienter, au plus près des flammes.
Il est 5h lorsque nous nous remettons en marche. Le chemin file vers la droite et s'élève en diagonale jusqu'à la pente finale, plus abrupte. Les jambes lourdes et le souffle court, nous montons à une allure d'escargot. Finalement nous débouchons sur le bord du cratère sommital. A quelques encablures se trouve le point culminant, que nous rejoignons tranquillement. Nous voilà sur la cime du Tajumulco (4220 m), le point culminant du pays et de toute l'Amérique centrale !
Descente sous le cratère du Tajumulco
Nous effectuons le tour du cratère puis redescendons par le flanc sud-est, en passant près du Cerro Concepción, un discret contrefort. Une fois revenus dans la forêt de pins nous faisons une halte pour grignoter un morceau. Le petit déjeuner est maigre, mais c'est mieux que rien. Puis c'est le retour en douceur jusqu'à notre point de départ, où nous sommes pris en charge et ramenés vers la civilisation. Reste la longue route jusqu'à Xela, que je ne pourrais vous décrire puisque nous avons passé la majeure partie du trajet à dormir !
Doucement le ciel s'éclaircit. Face à nous s'étire la Sierra Madre de Chiapas, en un superbe alignement de cônes volcaniques. Notre regard accroche toutes ces pyramides, comme par ricochets : Santa María, Zunil, Santo Tomás, Atitlán, Tolimán, Fuego, Acatenango, Agua... pour ne citer que les principaux ! Côté opposé, à seulement quelques kilomètres à vol d'oiseau, se dresse sur la frontière mexicaine le Tacaná, auquel nous sommes contraints de renoncer définitivement. En jetant un coup d'œil vers le sud, par-delà le cratère béant, nous apercevons le bleu de l'océan Pacifique. Enfin, pour que le tour d'horizon soit complet, nous regardons au nord, dans le lointain, où se profile timidement au-dessus d'une mer de nuages la Sierra de los Cuchumatanes. Celle-ci ne paie pas de mine mais, en dépassant les 3800 mètres d'altitude, constitue tout de même le plus haut massif non-volcanique en Amérique centrale. Vous l'aurez compris : vu d'ici, aux aurores, la perspective est magistrale sur les reliefs bouleversés des hautes terres du Guatemala !
Jours 9 à 11 : Sur le grill du Pacaya
Ne pouvant enchaîner sur l'ascension du Tacaná (autant éviter un kidnapping !), nous disposons maintenant de plusieurs jours libres. Alors que faire ? Ce ne sont pas les idées qui manquent dans ce Guatemala qui recèle de trésors. Il y a notamment un site archéologique fabuleux, Tikal, enfoui au cœur de la forêt. Mais il est très lointain, dans le vaste département du Petén, tout au nord du pays. Nous choisissons donc de revenir sagement à Antigua, notre coup de cœur du séjour. Nous apprécions la sérénité de cette ville coloniale, animée et sûre (en apparence tout du moins).
Le lendemain nous décidons de partir à la découverte du Pacaya, le troisième volcan actif du pays (avec le Fuego et le Santiaguito). Il s'agit là encore d'une excursion guidée, pratique et bon marché. Départ d'Antigua à 14h, le but étant d'assister là-haut au coucher du soleil. Nous rejoignons les hauteurs de San Vicente, sur le flanc nord de la montagne, à une heure de route. A la descente du mini-bus nous sommes cueillis par une horde de gamins proposant des bâtons de marche. C'est gentil mais "no gracias", on s'en passera pour cette courte balade. Nous nous acquittons des droits d'entrée (100 quetzals par personne, soit 11€) puis, après quelques explications de la part du guide, nous débutons l'ascension. La première partie se fait sur un chemin de terre poussiéreux, pas franchement agréable. Mis à part ça la randonnée ne présente pas de difficultés particulières. Elle est accessible à tous, enfin presque, les plus fainéants pouvant opter pour une montée à cheval. La végétation, luxuriante, nous entoure complètement, jusqu’à cacher presque totalement le ciel. C'est tout juste si l'on parvient à apercevoir au nord, entre les branchages, la capitale Guatemala City. Après avoir pris de la hauteur nous bifurquons sur la droite et filons, de niveau, vers le flanc occidental du volcan.
Les volcans du Guatemala au crépuscule
Nous nous avançons encore un peu, dévalant sur les cendres comme on glisserait dans la neige. Après avoir pris pied sur une ancienne coulée de basalte nous profitons du décor grandiose et désolé qui s'étend autour de nous. Il est toujours stupéfiant - et effrayant à la fois - de se dire que là, sous nos pieds, une chambre magmatique est en ébullition, prête à exploser à tout moment. Quelle ineffable sensation ! Comme pas mal de monde je pense, les volcans exercent sur moi une véritable fascination. Est-ce une attirance primale pour le feu ? Ou l'impression d’être sur une autre planète ? Je ne sais pas. En tout cas j'ai toujours voulu m'approcher de ces géants en furie, que ce soit en Islande, en Sicile, en Indonésie... et maintenant au Guatemala, sur la ceinture de feu du Pacifique.
Et soudain, nous voici sur la Lune.
Au détour du sentier le Pacaya est là, imposant. Il fumerole et nous comprenons immédiatement pourquoi l’accès au sommet est malheureusement interdit (ou heureusement, selon le point de vue !) : celui-ci a des allures de cocotte-minute. Il faut dire que le volcan est en regain d'activité depuis sa dernière éruption, en 2014, qui avait tout recouvert de débris à plusieurs kilomètres à la ronde. Les coulées de lave collent toujours à ses pentes. La toute jeune végétation, qui pousse sur des cratères secondaires, semble d’autant plus verte contre les scories noires.
Mais trêve de bavardages, c'est l'heure de dîner. Au menu du soir : des chamallows, grillés sur les bouches gazeuses brûlantes du volcan ! Oui, parfaitement. Le majestueux et puissant Pacaya, sanctuaire millénaire des colères de notre planète, transformé en barbecue à chamallows. Mais passons sur le côté lèse-majesté de cette attraction et savourons ce délicieux morceau de guimauve, avec un petit goût fumé assez inimitable, je dois dire.
La journée touche bientôt à sa fin et il faut rentrer avant la nuit. Notre guide nous pousse donc à redescendre au pas de course. Nous aurions aimé (enfin surtout moi) passer davantage de temps ici et prendre un peu plus de hauteur sur ce Pacaya, pour en explorer tous ses versants. Finalement, nous n'aurons fait que l'effleurer. Dans la descente nous faisons une halte au niveau d'un belvédère afin d'admirer le coucher du soleil, sublimé par les volcans qui affleurent au-dessus de la brume. Une scène divine qui conclut parfaitement notre aventure au Guatemala, ce petit pays aux multiples facettes dont nous garderons un épatant souvenir.
Nous flânons des heures dans les petites ruelles pavées, admirant les jolies maisons aux tons pastel, les vieilles demeures abritant un patio fleuri, les ruines des couvents et des églises, et le charme bucolique de la campagne environnante. L'arborée Plaza Mayor constitue le cœur de la ville. Elle est bordée d'élégantes arcades abritant des boutiques d'artisanat et des restaurants animés. Plus loin nous découvrons l'arche de Santa Catalina, puis l'église de la Merced, avant de prendre un peu de hauteur au mirador Cerro de la Cruz pour profiter d'une vue panoramique imprenable sur Antigua, une ville particulièrement attachante dans laquelle il règne une atmosphère paisible et chaleureuse.
Ainsi se termine cette ascension merveilleuse mais assez exigeante physiquement, notamment en raison de son denivelé, de l’altitude et du froid. Nous en garderons un excellent souvenir car contrairement aux volcans endormis que l’on "visite", le Fuego se vit. On ne monte pas à son sommet. On l’observe, on l’écoute, on le ressent vibrer dans sa poitrine. Cette aventure nous a mené face à une force que peu d’humains ont contemplée : la Terre en création permanente.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'endroit est peuplé. En tout cas bien trop à mon goût. Et dire que je me demandais, encore quelques minutes plus tôt, si nous allions croiser quelqu'un aujourd'hui... Finalement c'est sans doute plus de mille personnes qui sont montées au sommet. Je suis sidéré, pour moi c'est du jamais vu !
Nous nous installons du mieux possible sur le large sommet. Après de longues minutes d'attente statique dans un froid mordant, l’aube pointe enfin. Un liseré orange s'étire sur l'horizon, puis les premiers rayons du soleil viennent nous éblouir, nous offrant ainsi les quelques degrés supplémentaires que nous espérions.