Passionné d'aventures en montagne depuis mon plus jeune âge, je vous propose de découvrir ce site internet dédié à mes périples en altitude. Vous y trouverez les récits, photos, et vidéos de toutes les ascensions que j'ai réalisées à ce jour dans le monde entier.
L'Aragats est un volcan éteint qui s'élève au centre de l'Arménie et qui constitue, avec 4090 mètres d'altitude, le point culminant de ce petit pays enclavé d'Asie occidentale, dans le prolongement septentrional du Moyen-Orient. Il domine la chaîne du Petit Caucase ainsi que le haut-plateau arménien qui s'étend à ses pieds. Le sommet se trouve entre la région d'Aragatsotn et celle de Shirak, à seulement 40 km de la capitale Erevan.
La montagne se compose de 4 pics. Le sommet sud est facile d'accès, par un flanc peu pentu, au départ du lac Kari à 3200 mètres d'altitude. En revanche, atteindre le sommet nord, véritable culmen, nécessite de parcourir une arête aérienne.
Plus qu'une montagne, l'Aragats est un symbole naturel majeur du pays. Il offre une large variété de paysages spectaculaires où se mêlent crêtes enneigées, lacs d'altitude et prairies fleuries. C'est un site privilégié pour la randonnée et l'observation de la faune et de la flore locales, avec des espèces endémiques adaptées aux conditions alpines. Les cratères sommitaux, les glaciers résiduels et le panorama sur l'ensemble du pays en font un lieu incontournable pour les amateurs de nature et de grands espaces, tout en restant chargé d'histoire et de légendes locales.
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Galerie photos
Jour 1 : Voyage vers l’instable Moyen-Orient
Récit de l'expédition
Quelle drôle d’idée de se rendre au Moyen-Orient en ce mois de septembre 2026, alors que le conflit bat son plein dans les pays du golfe. Toute la région s’est embrasée suite à l’intervention américaine en Iran. Les détroits stratégiques sont bloqués, les infrastructures pétrolières sont bombardées… Le coin n'est plus qu'une immense poudrière géopolitique, mais dans laquelle on trouve encore une zone pacifiée, au carrefour de l'Europe et de l'Asie : l’Arménie.
Flânerie sur la place de la République, à Erevan
Accompagné de Pascal, mon habituel partenaire de virée lointaine, je décide d’y faire un saut, une poignée de jours seulement, le temps de gravir quelques sommets, notamment le Mont Aragats, point culminant du pays. Nous resterons aux alentours de la capitale Erevan, sans s’approcher des zones frontalières qui se révèlent particulièrement hostiles. En effet la haine est tenace avec les voisins. Avec la Turquie tout d'abord, qui ne se décide toujours pas à faire un pas vers un peuple qu’elle a quasiment entièrement exterminé durant le génocide de 1915-1923. Mais aussi avec l’Azerbaïdjan, avec qui des conflits territoriaux ont régulièrement éclaté ces dernières années, dans le Haut-Karabagh en particulier. Mais au fond, bien que cernée par des ennemis historiques, l’Arménie demeure un îlot de sérénité.
Nous débarquons en pleine nuit à l’aéroport d’Erevan. Une fois le visa obtenu, nous louons une voiture et filons vers notre hôtel en centre-ville, histoire de dormir quelques heures avant de partir à l'aventure.
Jour 2 : Visite de la capitale Erevan
J'avais cru comprendre que venir en Arménie en septembre était la garantie d’avoir de belles journées ensoleillées. Mouais… On m'a menti car en ce premier jour sur place le ciel est gris, la pluie tombe et l’orage gronde sur les reliefs. Même l'Ararat, le grand volcan englacé dont la silhouette majestueuse domine l'horizon par temps clair, reste invisible. Aujourd'hui nous nous contentons donc d’une promenade dans la capitale Erevan.
Jour 3 : Traversée du Mont Ara (2613 m)
A quelques encablures au nord de la capitale s’élève une montagne certes modeste, mais bien visible car complètement isolée : le Mont Ara. Son ascension, rapide et facile, constitue une parfaite entrée en matière avant de viser des objectifs plus sérieux. Allons donc la voir de plus près !
C’est un pays qui a toujours entretenu de forts liens culturels avec la France. Charles Aznavour, chanteur à la popularité sans égale, est le parfait représentant de cette relation privilégiée entre nos deux nations. Mais je dois l'avouer : avant d'y mettre les pieds, mes connaissances de l'Arménie s'arrêtaient là. Il faut dire qu'on entend rarement parler de ce petit pays qui semble enclavé, isolé, presque écrasé au milieu du planisphère. Pas plus grand (mais tout aussi montagneux) que la Suisse, il se revendique comme le berceau du christianisme, une religion adoptée officiellement il y a 17 siècles !
Nous arpentons avec curiosité les grandes avenues animées de l’hyper-centre. La place de la République, avec son architecture monumentale et ses façades de pierre rose, constitue l'un des lieux emblématiques de la ville. Autre incontournable pour les touristes que nous sommes : le Monument des Cascades. Adossé à une colline, celui-ci ne se résume pas qu'à un escalier géant. Il est également composé de jardins en terrasses, de fontaines, et il abrite un immense centre d'arts. Ceux qui ont le courage d'en gravir les 572 marches se verront offrir une large panorama sur Erevan.
Sur les crêtes dorées du Mont Ara
Ensuite nous nous engageons au nord dans un défilé rocheux. Le sentier devient de plus en plus ténu, et la gorge se rétrécit progressivement jusqu’à n’être qu’un étroit boyau dans lequel il faut se battre avec les orties et faire usage des mains pour franchir plusieurs ressauts. Une sacrée galère ! Va t-il seulement y avoir une sortie ? Ou allons-nous finir par buter lamentablement contre une paroi ? Finalement, après une heure de progression épuisante, nous débouchons sur des prairies que nous remontons jusqu’à une ligne de crête. Il ne reste qu’à suivre le fil herbeux, doré par le soleil, jusqu’au sommet du Mont Ara (2613 m).
Nous laissons derrière nous les faubourgs d’Erevan, passons près de la ville d'Ashtarak, puis montons en voiture à travers les cultures de pommiers jusqu’au point de départ de cette première randonnée, à 1700 mètres d’altitude. Il y a du monde, beaucoup de monde même, en ce dimanche ensoleillé. Nombreux sont les locaux venus se promener jusqu’au monastère de Tsaghkevank, situé dans un creux de la montagne. Nous le visitons d'ailleurs au passage, bien qu’il n’y ait pas grand chose à voir, puisque ce n’est qu’un minuscule ermitage décoré de croix arméniennes.
A peine arrivés nous nous voyons offrir le déjeuner par un groupe de sympathiques randonneurs arméniens, qui insistent pour partager avec nous leur repas. Donner sans rien en retour, la générosité à l’état pur ! En leur compagnie nous profitons du panorama sur les paysages arides qui caractérisent une grande partie du pays. L'Arménie est bâtie sur des hauts plateaux montagneux formés par d'anciennes éruptions volcaniques. Le terrain y est donc très rocailleux. Cela lui vaut le surnom traditionnel et poétique de "Karastan", littéralement le "pays des pierres". En tout cas le décor est très différent de celui des Alpes : la végétation se fait discrète, les couleurs sont plus feutrées, et l’horizon ne s'ouvre que sur de vastes étendues infertiles. Au loin les grandes montagnes font grise mine. L’Aragats est empêtré dans d’épais nuages. Idem pour l’Ararat, le géant que se disputent Arméniens et Turcs, ces derniers se l'étant totalement approprié, alors que dans le cœur de la population arménienne cette silhouette gracieuse a un pied chez eux.
Le soleil, à son zénith, inonde de lumière la longue crête sud-ouest par laquelle nous redescendons en douceur, effleurant les herbes hautes où résident mantes religieuses et sauterelles en tout genre, dont une aux dimensions peu communes. J'apprendrai plus tard qu'il s'agit de la "Magicienne dentelée", le plus grand insecte du bassin méditerranéen, présent naturellement dans les hautes steppes arméniennes.
Nous voilà bien mis en jambes, prêts à en découdre avec la plus haute montagne du pays. Pour cela nous montons en voiture au lac Kari, à 3200 mètres d’altitude, sur l’immense versant sud de l’Aragats. Nous ne sommes qu'à une heure de la capitale et pourtant, au bout de cette minuscule route bardée de nids-de-poule, il règne un drôle de sentiment de bout du monde. Ici tout est désolation. A commencer par les flancs dénudés et râpeux qui nous entourent. Et puis au bord du lac il y a ces bâtiments soviétiques à l'abandon : une vieille station de recherche sur les rayons cosmiques, et une ancienne station météo. L'endroit est franchement sordide, pour ne pas dire hanté ! Il y a bien un hôtel-restaurant qui apporte un peu d’animation mais sa réputation est si mauvaise que nous préférons camper sur la rive du lac.
Jour 4 : Quadruplé à l’Aragats (4090 m), toit de l’Arménie !
L’Aragats possède 4 sommets principaux disposés comme les points cardinaux autour d’un vaste cirque central éventré, vestige de son ancienne activité volcanique. Le sommet nord est le plus élevé et culmine à 4090 mètres d’altitude. Les 3 autres pics, ouest, est et sud, forment avec lui un ensemble remarquable.
En soirée, sur la rive du lac Kari
La nuit est difficile à cause de l’orage qui gronde au-dessus de notre tente. De puissantes détonations font vibrer toute la montagne. A 3h le ciel est toujours menaçant, alors nous différons notre départ. Ce n’est que deux heures plus tard que nous nous lançons, en espérant une amélioration de la météo car pour l’instant les cimes sont prises dans les nuages. Et puis il a neigé, ce qui risque de compliquer l'affaire...
Nous prenons lentement de la hauteur dans l’obscurité. La pente est douce jusqu’au sommet sud (3879 m), le plus fréquenté car le plus rapidement accessible. Deux heures suffisent à l’atteindre sans difficulté. En haut nous sommes balayés par un vent glacial. Je n'avais pas imaginé faire cette ascension dans des conditions hivernales !
Sans tarder nous commençons à monter vers le sommet nord, qui est le plus haut du lot, et donc notre priorité. A partir de là ça se corse un peu car le vent se renforce, et la couche de neige se fait plus épaisse. Mais il en faudrait plus pour nous arrêter et nous rejoignons sans problème l’antécime. Le véritable sommet, lui, est situé un peu plus loin, au bout d’une arête vertigineuse. Enneigée, celle-ci fait forte impression. Nous hésitons à nous y engager tant cela semble dangereux sans matériel d’alpinisme. Et puis, comme souvent, la passion finit par l'emporter. Tentons le coup ! En montagne j'ai toujours eu cette philosophie : il faut au moins essayer. C'est d'autant plus valable sur un sommet lointain, où il convient parfois de forcer le destin, car on ne pourra pas y revenir de sitôt.
Conditions délicates sur l'arête finale
Nous progressons lentement sur le fil, avec toute la prudence qui s'impose. Il faut dire que nous n'avons ni corde, ni piolet, ni crampons. Un équipement qui nous aurait un peu rassuré, mais qui au fond n'aurait pas été d'une grande utilité dans cette mince pellicule de poudreuse. Alors nous prenons garde de ne pas glisser, en empoignant aussi fermement que possible les prises de main, plutôt solides et nombreuses. Le parcours est très exposé, rendant fatal le moindre faux-pas. Quelques pas de grimpe nous obligent à être vigilants et précautionneux dans nos mouvements, mais en définitive il n’y a rien de techniquement difficile. Au bout d’une quinzaine de minutes, après un ultime passage en rasoir, nous finissons par atteindre le culmen de l’Aragats (4090 m), toit de l’Arménie !
Le panorama est largement tronqué par les nuages. Néanmoins quelques brèves trouées nous permettent d’observer les flancs immenses de l’Aragats. Une montagne gigantesque, aux pentes évasées, mais qui pourtant se termine par un pinacle qui ne s'offre qu'aux plus intrépides. Après les félicitations réciproques de rigueur, et une fois retombée la joie du succès, nous prenons quelques photos et entamons la descente. A commencer par l’arête, à négocier avec la plus grande prudence compte tenu des conditions. Puis nous revenons au col faisant la jonction avec le sommet est.
Le sommet est justement, parlons-en, car son tour est venu. Pascal ayant eu sa dose de caillasses, j’y vais en solo. Je grimpe en vitesse sur cette pointe escarpée culminant à 3907 mètres, sur laquelle une croix est dressée, comme sur chacun des Aragats d’ailleurs. N’oublions pas que la chrétienté occupe une place fondamentale dans la culture et l'identité nationales.
Je reviens ensuite au tout premier col, celui que nous avions franchi ce matin dans la tempête, afin d'ajouter à ma collection le sommet ouest. C'est le quatrième et dernier objectif du jour, alors je lui consacre toute l'énergie qu'il me reste. La montée est épuisante, dans un terrain raide et croulant. Une fois sur la cime (3995 m, parfois donnée à 4007 m, et même 4080 m !), la vue bien dégagée finit par me couper le souffle restant : des reliefs arides à perte de vue avec, en tête à tête, le pic principal de l'Aragats qui se dresse fièrement, paré d'un halo de brume autour de son sommet blanc. Mandat rempli avec panache : les 4 sommets de l’Aragats sont « vaincus » !
Ce quadruplé me tenait particulièrement à cœur, et c'est donc avec le sentiment du devoir accompli que j'entame la descente, la vraie. Elle se fait sans embûches, dans les prairies jusqu’au lac Kari, où je retrouve Pascal. Nous plions nos affaires de bivouac et reprenons la voiture.
Sur la route du retour nous faisons deux haltes touristiques : tout d'abord à la forteresse d’Amberd, malheureusement en rénovation, ce qui fait perdre à ce tas de ruines médiévales, dévasté jadis par les envahisseurs mongols, le peu de charme qu'il lui reste. Juste à côté se trouve un édifice mieux conservé, l'église de Vahramashen, qui offre une jolie vue panoramique sur le marz d'Aragatsotn.
Nous poursuivons malgré tout. Je ne saurais dire ce qui nous pousse à continuer dans les bourrasques de neige et sans aucune visibilité. Une sacrée dose de motivation, pour sûr, mais peut-être aussi un grain de folie, ou la foi en je-ne-sais-quoi. Un peu de tout ça sans doute. Une fois descendus au col séparant les sommets sud et ouest, nous plongeons à droite dans l’ancienne caldeira aux teintes ocres et cuivrées. Il nous faut perdre environ 150 mètres, dans des névés et des chaos de blocs volcaniques, pour ensuite remonter côté opposé jusqu’à un autre col entre les sommets nord et est. Cette traversée est vraiment laborieuse, et il faudra la refaire tout à l’heure en sens inverse ! Ce qui est encourageant, en revanche, c’est que le ciel s’est nettement dégagé, nous laissant découvrir le paysage. Autour de nous les 4 sommets de l’Aragats, aux roches saillantes finement saupoudrées de neige, sont désormais visibles et à portée de tir !
Le sommet nord de l'Aragats, toit de l'Arménie
Reste à revenir vers la capitale Erevan, et même un peu plus loin, jusqu’à Garni, où nous dénichons un bel hôtel. Nous voilà parfaitement positionnés pour la suite du programme !
Jour 5 : Sur le volcan Azhdahak (3597 m), la "Reine rouge de Gegham"
Le lendemain nous repartons à l'aventure pour découvrir un autre secteur montagneux du pays : la chaîne volcanique de Gegham, un massif très vaste qui occupe le centre de l'Arménie. L'ensemble culmine au Mont Azhdahak, un nom qui provient de "Aži Dahaka", une figure de dragon maléfique ou de roi-serpent issue de la mythologie iranienne et reprise dans les légendes arméniennes. Son ascension ne présente aucune difficulté technique, en revanche le sommet est très éloigné du dernier village. En effet la distance à parcourir depuis Geghard est considérable (environ 20km) et le dénivelé est conséquent, ce qui nous obligerait à une interminable journée de marche. N’ayant ni l’énergie ni le temps pour nous lancer dans un tel marathon, nous allons effectuer l’approche en véhicule tout terrain.
Puis, et c'est bien plus intéressant, nous nous initions à l'urbex avec la découverte insolite de l'observatoire Orgov. Un centre scientifique remarquable, autrefois consacré à l'étude de l'Univers. Il abrite notamment un grand radiotéléscope, reconnaissable à sa structure circulaire impressionnante, conçu pour capter les ondes radio provenant de l'espace. A l'abandon depuis la chute de l'URSS, le site prend désormais la poussière, mais il reste un fascinant vestige du glorieux et ambitieux passé scientifique de l'époque soviétique.
L’ascension n’est donc plus qu’une formalité. Nous randonnons jusqu’à un col, puis terminons en douceur par le versant sud. Une petite heure d’effort seulement, et nous voilà sur le Mont Azhdahak (3597 m), où flotte le drapeau arménien. Sur celui-ci, les bandes colorées ont chacune une signification particulière. Elles racontent l'histoire d'un peuple qui a préservé son identité malgré les épreuves : le rouge évoque sa lutte, le bleu son aspiration à la paix et l'orange sa créativité.
Le cratère diapré de l'Azhdahak
Le chauffeur vient nous chercher à l'hôtel et nous conduit sur les hauteurs de la vallée. A mesure que nous nous éloignons des habitations, le sentiment d'isolement grandit. La piste est très chaotique, ce qui nous vaut quelques ennuis mécaniques, heureusement vite réglés. Un peu plus loin nous faisons un stop pour observer un pétroglyphe, c'est-à-dire un dessin rupestre gravé dans un rocher. Puis nous reprenons notre trajet vers des endroits toujours plus reculés, traversant de vastes plateaux et rompant au passage la tranquillité de quelques troupeaux. Alors oui cette approche en 4x4 n’est pas très éthique, mais elle est diablement efficace car notre taxi nous dépose au plus près du cône sommital, à environ 3200 mètres d’altitude.
Compte tenu du peu d'efforts fournis pour arriver ici, nous estimons être fort généreusement récompensés, avec un panorama très étendu sur une large partie du pays. Le gigantesque lac Sevan s’étend au nord-est, devant une autre chaîne de montagne marquant la frontière avec l’Azerbaïdjan. De l’autre côté l’horizon est nettement dominé par l’Ararat, qui nous gratifie pour la première fois du séjour d'une belle apparition.
Mais dans tout ça je dois dire que le plus frappant est là, juste sous nos yeux : un petit lac paisiblement niché à l’intérieur du cratère sommital de l'Azhdahak. On l'appelle Vishapalich, le "lac du Dragon". C'est un minuscule plan d'eau alimenté uniquement par la fonte des neiges et qui, dans le décor, ajoute un ton bleuté à une palette de couleurs déjà complète. Dissimulé dans son cône rougeâtre, à plus de 3500 mètres d'altitude, il est à l'abri de bien des regards. Mais pas du nôtre, alors nous l'observons longuement, contemplant ses reflets scintillants et changeants sous l'effet des variations de lumière. On a l'impression d'un petit monde suspendu. Quelle merveille !
Nous faisons crépiter les appareils photo puis, le vent gagnant en intensité, décidons de rebrousser chemin. Une descente effectuée promptement, ce qui ne nous empêche pas de profiter encore du paysage fascinant qui s'étend face à nous. Un paysage d'un autre monde. Teintées de nuances de rouge vif, de gris et de noir, les pentes de l'Azhdahak sont une invitation au vagabondage et à l'enchantement. Et c'est dans cette géologie martienne que nous regagnons notre véhicule.
L'Ararat est la montagne sacrée du pays, bien que n’en étant pas officiellement sur le territoire. Il est à l'Arménie ce que certains monuments sont à d'autres nations : un symbole de patrie, de mémoire et d'espérance. Pour beaucoup de ses habitants, contempler l'Ararat, c'est contempler leur histoire et une partie essentielle de leur identité. En ce qui me concerne, j'éprouve une certaine nostalgie en revoyant cette immense montagne ornée de son capuchon glaciaire, car cela fait remonter en moi d'excellents souvenirs d’une aventure solitaire datant de 2015.
Le monastère millénaire de Geghard
Une fois de retour à la civilisation nous partons à la découverte du monastère de Geghard, l'un des joyaux du patrimoine religieux arménien. Un site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO et dont le nom fait référence à la Saint Lance qui aurait transpercé le flanc du Christ. Ce complexe monastique s'inscrit dans un cadre naturel admirable, au fond de la vallée encaissée de l'Azat, au milieu d'impressionnantes falaises qui renforcent le caractère spectaculaire du lieu. Il se distingue également par son architecture remarquable, avec plusieurs églises et chapelles creusées dans la roche, ce qui témoigne d’un savoir-faire exceptionnel et d’une longue tradition spirituelle. En pénétrant dans les lieux nous assistons à un mariage, dans le plus pur folklore arménien, et dans une atmosphère bien différente de celle des montagnes. Ici la roche n’est plus seulement un élément naturel à gravir : elle devient un matériau architectural et spirituel.
Non loin de là nous faisons une halte au temple de Garni, un monument étonnant qui tranche avec les nombreux édifices religieux médiévaux du pays. Érigé au début de notre ère dans un cadre spectaculaire, au-dessus des gorges de l’Azat, il était consacré au dieu solaire Mithra. Il fut gravement endommagé par un puissant séisme en 1679, et minutieusement reconstruit au siècle dernier. Ce temple de style gréco-romain est notamment remarquable pour sa colonnade taillée dans le basalte et son architecture d’inspiration hellénistique. Il constitue un témoignage rare du passé préchrétien de l’Arménie, rappelant que ce pays a été au carrefour de nombreuses influences culturelles.
Nous revenons à Erevan, pour une dernière nuit avant de quitter le pays. Ce séjour fut court et intense, avec une succession d'ascensions et de visites, dans une Arménie aux multiples visages. Un beau voyage qui confirme une nouvelle fois que les périples en montagne sont aussi l’occasion de mieux comprendre les territoires, les cultures et les peuples qui les habitent. Pascal rentre en France, mais en ce qui me concerne l’aventure continue : je file vers la Papouasie-Nouvelle-Guinée !